Troisième partie : les années réseaux

Les avatars du CDI pendant la rénovation du collège. 2 Le nouveau CDI

(actualisé le )

L’aménagement du nouveau CDI me procura du travail pendant au moins six mois. Avant même sa réfection, mon Chef d’Etablissement m’avait demandé plusieurs fois mon avis, ce qui fait toujours plaisir. Mais apparemment cela n’allait pas tout seul et mes demandes ne semblaient pas aboutir.. D’abord on remonta le CDI d’un étage. Déjà, au premier, ce n’était pas l’idéal... Au second et troisième étage, cela devenait franchement pénible et surtout mal accessible. De plus, comme c’était alors la mode, que j’espère périmée, l’architecte avait conçu le CDI sur deux étages, le second étage récupérant une grande partie des combles...

Alors qu’on disposait de toute la place nécessaire au niveau même de la cour. Mais cela n’était rien encore. L’architecte me fit l’honneur de m’entendre, mais visiblement, c’était uniquement pour qu’on ne puisse pas lui reprocher de ne pas l’avoir fait. Il ne tint évidemment aucun compte de mes remarques.

De quoi s’agissait-il et où se trouvaient les problèmes ?

C’était bien sûr ceux que pose toujours un CDI sur deux niveaux. D’abord parce que je ne suis pas plus doué d’ubiquité qu’un architecte (ce que je lui fis un jour remarquer). Déjà je montais et descendais deux étages, au lieu d’un seul, et les élèves aussi, bien sûr. Et il fallait désormais grimper un escalier supplémentaire à l’intérieur même du CDI pour accéder au niveau situé sous la toiture, dans les combles aménagés. C’était là que j’avais du installer la salle audio visuelle et la Bibliothèque des élèves.

Ce qui en outre me rendait furieux, c’était les dimensions démentielles de cet escalier, soi disant afin de respecter de fumeuses règles de sécurité... L’architecte l’a conçu comme un grand ovale, en plein centre de la salle inférieure du CDI. Cela empêche d’emblée toute surveillance sérieuse globale du local. Les ordinateurs étant disposés sur le pourtour de la salle, il faut donc tourner sans arrêt autour de cet escalier lorsqu’il y a une classe au travail... J’ai calculé que la place au sol occupé par cet escalier sur deux étages me privait de la superficie d’une salle de classe, excusez du peu. Or il était possible, ce que j’avais proposé comme un moindre mal, de construire cet escalier au dehors, contre la façade, appuyé sur la terrasse extérieure. Mais il me fut rétorqué que cela nécessiterait de refaire les plans, et de redemander une modification du permis de construire, bref, une fin de non recevoir. Le CDI est donc affublé de cette verrue imbécile. De plus l’escalier est construit en fer, en plaques de tôles entièrement peintes en noir à l’origine. Cela ressemblait vaguement à une grande Kaaba ovoïde. C’était sinistre.

Heureusement, un peu plus tard, les élèves de SES, pilotés par leur professeur, Daniel, tapissèrent complètement l’escalier d’une fresque entièrement réalisée en moquette, où les figures et les motifs sont découpés et assemblés morceaux par morceaux comme un patchwork. C’est un travail remarquable et cela a rendu cet escalier à peu près présentable. Par contre cet aménagement ne pouvait rien changer au bruit infernal dont cet escalier de ferraille résonne chaque fois qu’il est gravi par une classe -les enfants se régalent- ni au fait que l’on doit toujours tourner autour comme des écureuils en cage pour vérifier ce que font les élèves. Mais l’architecte me fit remarquer que les marches pouvaient servir de siège aux enfants, comme un genre d’amphithéâtre hélicoïdal ! Je répondis que je ne m’appelais pas Grock [1], et que je ne dirigeais pas un cirque.

Quant à l’étage situé sous les combles, on a laissé là les poutres apparentes par souci d’esthétique. L’architecte dit “ce sera beau !”. Ce n’est pas mal en effet, mais...

Mais d’abord, après les travaux et pendant une année entière au moins, une poussière de sciure tomba du plafond et recouvrit les tables d’une fine pellicule que les personnels de service enlevaient plusieurs fois par jour. Cela donnait une atmosphère irrespirable les jours de grand vent, tout le monde se mettait à tousser, et hop, on redescendait d’un étage chercher refuge au dessous. Cela d’ailleurs m’avait suffisamment inquiété pour que je fasse recueillir à trois reprise une pleine enveloppe de cette poussière. Cela fut transmis à qui de droit aux fins d’analyse, car les poutres avaient été traitées avec un produit genre xylophène, puis poncées, et je ne voulais pas faire courir le moindre risque aux enfants. Il fut répondu par les compétents de service que cela n’était pas du tout toxique, pas dangereux et cela me rassura... un peu. Ce qui me rassura définitivement fut le fait que le phénomène cessa progressivement et finit par disparaitre...

Enfin, dernier inconvénient et non le moindre, la zone des combles aménagés, à cause des fameuses poutres apparentes qui “font joli”, architêtu dixit, possède une isolation sommaire. Ce qui, en clair, signifie que l’hiver, il y faisait tout juste chaud, et l’été, on s’y cuisait. Après plusieurs années de récriminations on a fini par installer des climatiseurs électriques...

A part ça, on est arrivé à fonctionner quand même, et je dirais malgré toutes ses contraintes, dont il n’était certes pas besoin.

P.-S.

La prochaine fois : L’aménagement

Copyright Alain Gurly (2003)

Notes

[1J’ai la plus grande considération pour ce clown et aucune pour les archi-bêtes..