Deuxième partie : Les années nanoréseau

Lecture et nanoréseau

(actualisé le )

J’ai déjà dis comment je devins gestionnaire de Nanoréseau, par défaut pour ainsi dire, et comment je fus pris dans un engrenage informatique qui se mit à tourner de plus en plus vite.

A propos de ce Nanoréseau, le problème que je me posais rapidement comme documentaliste fut celui de son utilisation pour améliorer les capacités de lecture chez les élèves. Il est bien sûr que je fus influencé en cela, à cette époque, par l’émergence de toute une série d’éléments de réflexion sur la lecture, qui m’avaient passionnés. J’avais commencé à participer à un stage sur ce thème, organisé par une collègue documentaliste à Montpellier, qui nous révéla les travaux de Foucambert, le pape de la lecture à ce moment là, et elle nous montra aussi toute la théorie qui entourait cette pédagogie, les manuels de travail qui allaient avec, la plupart dans les maintenant célèbres éditions Retz, et les livres d’exercices de Brigitte Chevalier....

Cela me parut du plus grand intérêt pour les CDI en particulier et les élèves en général et surtout. Je m’enthousiasme facilement et, après le démarrage, il n’y a pas grand chose qui puisse me freiner !! A peine rentré dans ma boutique, je fis donc acheter une trentaine de ces livres et m’attaquais aussitôt à ce travail avec mes élèves de 6°.

Il me faut ici ouvrir une parenthèse pour expliquer pourquoi j’avais ces gamins là en cours avec moi au CDI. Les textes réglementaires officiels prévoyaient déjà qu’on devait donner aux élèves de 6° une initiation ponctuelle au CDI. Cette initiation ponctuelle, donnée sans lendemain en début d’année scolaire me parut non seulement insuffisante mais inefficace. Je m’en fus un jour tout de go (je fonctionne beaucoup sur coups de tête) trouver mon principal et je lui demandais s’il n’y avait pas des trous dans les emplois du temps des enfants en 6°. Je lui expliquais que si j’avais ces élèves pendant ces heures creuses, à la dose TP, c’est-à-dire par demi classe, je pourrais envisager une progression et une initiation sérieuse. Il me remit aussitôt un emploi du temps des classes de 6° et me dit de fabriquer cela à ma convenance, ce qui fut fait le soir même et écrit noir sur blanc : groupes A et B pour chaque classe, groupes A les jours pairs, groupes B les jours impairs... Le lendemain les parents d’élèves furent avisés de la chose sans qu’il y ait le moindre problème. Cela représentait pour moi sept heures de cours par semaine, régulièrement. Ce scénario basique dura jusqu’à mon départ à la retraite, mais il y eut évidemment au fil des années beaucoup de modifications, d’ajouts et d’aménagements, j’en reparlerai certainement.

Il y avait déjà deux ou trois ans que je fonctionnais ainsi lorsque je me préoccupais de lecture. Les séances de TP sur les bouquins des éditions Retz furent inclus immédiatement dans les programmes des heures d’initiation au CDI.

A quelques temps de là, Foucambert vint installer à Bessèges, près de La Grand’Combe, un centre de lecture qui fonctionnait selon sa méthode, où il donna plusieurs conférences auxquelles j’assistais, et pendant lesquelles il nous montra un logiciel de lecture qui devait devenir célèbre sous le nom d’Elmo. Ce logiciel fonctionnait naturellement sur Nanoréseau. Seulement il était très cher à l’achat, et convaincre le Collège ou même l’APE de faire cet investissement me parut très difficile, car la justification pédagogique d’un tel achat ne serait pas forcément facile à expliquer. De plus, il était difficile à faire fonctionner surtout au niveau des évaluations automatiques. Enfin et surtout, pour moi, il avait un défaut majeur : il était fermé, ce qui signifie que la base des exercices disponibles ne pouvait être ni modifiée, ni augmentée. Or, j’avais constaté qu’il y avait très peu de textes à tendance documentaire, qui intéressaient le documentaliste au premier chef. Quelques années plus tard, Elmo devait d’ailleurs devenir ouvert.

C’est pourquoi, tout bien pesé et réfléchi, je me mis un jour à fabriquer un logiciel moi même, en basic Thomson d’abord pour le Nanoréseau, et puis plus tard, je le transférais en GWBasic Microsoft, pour le réseau de PC. Il me fallut pratiquement un an pour écrire les programmes, les tester d’abord chez moi, puis avec les élèves au collège, grandeur nature, et enfin pour saisir une base de textes de travail. Mais j’avais un logiciel ouvert où quiconque pouvait entrer un texte quelconque. Je testais la difficulté des textes entrés dans la base selon l’indice de Flesch (dont j’ai ouï dire qu’il était sérieusement contesté de nos jours, autre temps autres mœurs) que je faisais automatiquement calculer par la machine, à l’aide d’un programme qui m’avait donné bien du mal à écrire. Cet indice se situait sur une échelle de zéro à cent. Plus l’indice était élevé, plus le texte était donné pour facile dans le domaine de la lecture/compréhension. Par contre, certains textes de Proust que j’ai testés atteignaient des indices négatifs !! J’ajoute qu’à cette époque, les élèves avaient des bases relativement solides et qu’on se préoccupait surtout d’améliorer leur vitesse de lecture et de compréhension, qui, selon la théorie, auraient été liées. Je dois dire, après avoir testé la chose de nombreuses années, et avoir établi pour chaque élève des graphiques d’évolution annuels, que si ça n’est pas complètement vrai, ça n’est pas non plus complètement faux, comme beaucoup d’autres choses en ce bas monde, où tout n’est jamais tout blanc ou tout noir, mais où existent toutes les nuances de gris !! Je pense même, et je ne suis pas le seul au collège, sinon nous n’aurions pas continué, que cela fut profitable aux élèves.

Armé de cet attirail pédagogique, livres et logiciel, je me mis au travail avec acharnement et, pour le coup, je changeais totalement l’organisation de mes heures d’initiation en 6°. Au lieu d’une demi classe, je pris toute la classe ! Pendant qu’une demi classe travaillait au CDI, je m’occupais de lecture avec l’autre demi classe, sur le Nanoréseau. On m’avait donné évidemment de l’aide, n’étant pas doué d’ubiquité et j’eus donc une des premières C.E.S, sinon la première qui mit jamais les pieds dans le collège. Ce fut Shéhérazade qui resta au total cinq années scolaires avec moi au CDI. Extrêmement sérieuse, dévouée et compétente, elle exécutait à la lettre tout ce que je lui demandais, en mon absence. Je préparais des fiches de travail et Shéhérazade le faisait faire sous sa houlette, et ensuite, ramassait les cahiers et me les donnait pour vérification et correction.

J’étais donc de plus en plus occupé. J’obtins sans difficulté que les appréciations en lecture fussent notées sur le carnet scolaire des élèves. C’est alors que je commençais à dresser des graphiques de progression pour chaque élève, et des compte-rendus annuels. Ces archives doivent se trouver encore au CDI du collège.

Mais, la conséquence de tout cela fut que, petit à petit, bien des gens se montrèrent intéressés par ces activités. Beaucoup de collègues venaient voir et trouvaient que ça n’étaient pas si mal que ça ! J’invitais alors, avec la bénédiction de l’administration, les membres du Bureau de l’APE à venir assister à une heure de lecture sur ordinateur... Ce fut l’enthousiasme, de telle sorte qu’un jour, quelques temps plus tard, les collègues furent d’accord pour me demander de leur faire un stage interne pour les initier à la manipulation du logiciel.

Ce qui fut fait. La conséquence immédiate pour moi était importante : elle me dégagea de la plus grande partie de ce travail !! Celui ci fut exercé pendant des années par des collègues devenus aussi acharnés que moi ! Je crois que cela se pratique encore d’ailleurs. Le Nanoréseau fut pris d’assaut et je dus organiser un planning très serré de son occupation. Puis le second Nanoréseau, celui de récupération dont j’ai déjà parlé, subit le même sort.

Heureusement pour moi, car je m’étais déjà attaqué à beaucoup d’autres activités. En particulier j’avais commencé à mettre mon fonds documentaire sur ordinateur. Sur MO5 pour tout dire ! Il m’avait fallu acheter un lecteur de disquette vu l’insuffisance de la mémoire, et même avec ça, c’était du genre rustique. Mais ce programme de recherche qui ne permettait qu’une recherche sur le fonds documentaire fonctionnait dès 1986, à la grande stupéfaction des élèves.. et des collègues.

Dès ce temps je savais que les jours des fichiers papiers étaient révolus et j’abandonnais le mien définitivement. D’autant plus qu’à ce moment précis le CRDP de Montpellier initiait le projet Doctel sur lequel j’aurais sûrement l’occasion de revenir.