Deuxième partie : Les années nanoréseau

Après les élèves, les parents (suite)

(actualisé le )

La deuxième manifestation revêtait une ampleur encore plus grande. C’était la traditionnelle Fête du collège, fin Juin.

Cette fête durait tout un week end sans interruption, suspendue seulement quelques heures après le bal, dans la nuit du samedi au dimanche.

La mobilisation générale des parents durait plus d’une semaine. Des équipes organisées déménageaient, aménageaient, transportaient denrées alimentaires et boissons. D’autres construisaient des cabanes en bois dans la cour, destinées à abriter des activités diverses, jeux, tombolas, tir à la cible, etc... Les services techniques municipaux venaient monter l’énorme plate forme de planches, baptisée scène, sur laquelle allaient se dérouler des représentations données par les enfants (chants, saynètes, pièces de théâtre, exhibitions de la chorale et de la classe de solfège, etc..). Les écoles primaires voisines venaient aussi.

Outre ces activités, il y avait bien sûr le bal du samedi soir (!) et un énorme loto permanent dans le réfectoire... Je vous laisse à penser la mobilisation générale des volontaires qui se relayaient pendant deux jours. La salle des Profs était transformée en centre de gestion nerveux et stratégique où officiaient solennellement le Trésorier, le Président, le Secrétaire et les membres du bureau....!! J’ai participé à tout cela pendant des années ; les 3/4 de la population du canton passait entre les murs du collège. Evidemment l’APE y trouvait son compte, le bénévolat général étant tout bénéfice. Toutes les recettes tombaient entre les mains et les comptes d’Hubert le Trésorier et de Roger, le Secrétaire permanent de l’Association qui passaient deux jours à comptabiliser !! Hubert inscrivait tout dans son grand registre, d’une écriture menue, posée et soignée. C’était un homme d’une précision, d’une rigueur comptable pointilleuse, et d’une intransigeante honnêteté. J’ai eu affaire à lui pendant des années ; il m’accordait sans sourciller tout l’argent qu’on avait décidé de m’attribuer jusqu’au dernier centime près. Mais il n’aurait pas dépassé d’un centime de plus sans une délibération du Bureau et un vote rigoureusement inscrit dans le grand registre par l’ami Roger !! Tout était consigné jusqu’à des détails infimes dans ce Grand Livre dont il donnait lecture solennellement à chaque séance du Bureau, après avoir distribué à tous une photocopie. [1]

Alors... que faisait l’APE de cet argent ? Hubert, à la suite de savants calculs annuels, définissait le montant des fonds de roulement et de réserve qu’il estimait nécessaire au vu des achats de l’année écoulée. Et tout le reste était dépensé jusqu’au dernier écu pour les enfants du collège.

D’abord, une chose que je n’avais jamais pensée possible, et dont je me demande si cela a été réalisé quelque part ailleurs, au niveau d’un collège de neuf cent élèves, tout entier. L’APE fournissait chaque année tous les cahiers et tout le papier, copies, fiches, etc.. dans tous les formats demandés par les Profs. Ceux ci n’avaient qu’à définir leurs besoins dans ce domaine au mois de Juin, et fournir à l’APE une fiche portant leur besoins chiffrés. Je le faisais aussi pour le CDI ! Aucun élève du collège n’a jamais dépensé un centime de papier et de cahier. Il y avait au rez-de-chaussée un local spécial pour ce stock, rempli jusqu’au plafond !! On y puisait toute l’année sous le contrôle pointilleux de notre collègue Jean, chargé de la Vie Scolaire, qui était lui même contrôlé par Hubert le Trésorier. Celui ci passait régulièrement vérifier l’état des stocks et procéder à d’éventuels ajustements !! C’était une organisation parfaite que j’ai vu fonctionner sans faille pendant plus de quinze ans.

Ensuite l’APE finançait toutes les sorties scolaires et tous les voyages à l’étranger (traditionnellement un par an : Espagne ou Angleterre, une semaine), ne laissant qu’une participation infime à la charge des familles..

Enfin, dernier volet qui m’intéressait particulièrement, l’APE avait trouvé dans le Documentaliste un interlocuteur adéquat pour tout ce qui touchait à l’achat de livres, de revues et de matériel audio visuel. C’était une manne considérable. L’APE achetait chaque année, bon an mal an, pour le CDI entre cent cinquante et trois cent livres, toutes catégories confondues, et sans compter les séries ! L’APE payait un abonnement mensuel à une douzaine de revues... Tout cela à une seule condition : on achetait tout aux commerçants locaux : c’était de bonne guerre. Pour les revues j’avais un compte chez les marchands de journaux locaux et j’allais me servir tous les mois. Hubert passait après pour régler les dépenses. Cela tournait comme sur des roulettes. Lorsque je désirais changer d’abonnement, j’avertissais simplement le Bureau en donnant mes raisons. Point final.

Enfin l’APE achetait aussi du matériel audio visuel, dont le premier magnétoscope et un énorme téléviseur pour les projections au CDI.

P.-S.

La prochaine fois : Magnétoscope et vidéo

Copyright Alain Gurly (2003)

Notes

[1Etrange ironie des choses : Hubert nous a quitté à peu près au moment où j’écrivais ces lignes...