Deuxième partie : Les années nanoréseau

Après les élèves, les parents...

(actualisé le )

Il me faut maintenant écrire quelques lignes à la gloire de l’APE grand’combienne, et c’est avec beaucoup de plaisir que je le fais.

Je dis bien de l’APE, car il n’y avait qu’une seule Association des Parents d’Elèves, organisation qui avait fusionné les antiques Sociétés du Sou des Ecoles Laïques. Cette association réunissait quasiment tous les parents. Il y avait très peu d’exception et quand on parle de vie associative, cela non plus je n’avais jamais vu de ma vie et je doute le revoir un jour.

Il y avait presque neuf cents élèves au collège, vous imaginez donc le nombre de parents... De plus, coup de génie des fondateurs de l’Association loi de 1901, les statuts prévoyaient que l’on pouvait continuer à participer dans les rangs des parents d’élèves même si on était des anciens parents, dont les enfants avaient quitté le collège !! Et je peux vous dire qu’il n’en manquait pas. Bref, il y avait un monde fou, et cela se voyait lors de la tenue de l’A.G dans le grand réfectoire du collège, car il n’y avait pas assez de place ailleurs pour réunir tout ce monde là.

L’APE nommait un bureau permanent qui ne comportait pas moins d’une vingtaine de membres élus par l’A.G, plus le Principal du collège, membre de droit, groupe exécutif de l’Association qui se réunissait une dizaine de fois par année scolaire, dans le CDI, à 17h.30, selon un rituel immuable. Ordre du jour donné par le Président, bilan financier par le Trésorier, puis la parole appartenait aux présidents de chaque groupe spécialisé dans telle ou telle activité. Puis la parole était donnée aux invités, et à ceux qui avaient demandé à être écoutés pour raisons diverses, enfin débat général, votes et décisions applicables immédiatement. C’était impeccablement organisé et on n’y perdait pas une minute en parlottes diverses. J’y ai toujours été invité. D’abord comme parent, puis ex parent, et surtout comme documentaliste !! La première fois où je pénétrais dans ce cénacle j’ai éprouvé quelque chose qui devait beaucoup ressembler à ce qu’ont du ressentir les ambassadeurs de Mithridate lorsqu’ils furent reçus par les Patres Conscripti, dans l’auguste enceinte du sénat romain. On comprenait tout de suite qu’on n’était pas là pour plaisanter, que c’était du sérieux et du solide. La plaisanterie existait mais c’était au dehors... et après !! On avait intérêt à connaitre son sujet, car les questions dénotaient, outre évidemment un profond intérêt pour tout ce qui touchait à la vie du collège, un bon sens à toute épreuve !

Dans ces réunions on débattait de la vie du collège, de celle de l’Association, et surtout de deux choses capitales. Comment faire rentrer de l’argent dans les caisses et surtout comment le dépenser au mieux pour les enfants.

Pour gagner de l’argent, l’APE organisait deux fois par an deux grandes manifestations.

D’abord le gigantesque loto de Noël. Cela se passait un dimanche soir, entre le 4 décembre jour de la Fête des Mineurs (Sainte Barbe), et la Noël.

Dans le Bureau de l’APE, il y avait des groupes de spécialistes constitués. Une groupe était chargé de la publicité, des tracts et des affiches, et de les faire imprimer. Un autre groupe se chargeait de récolter dans les quartiers et les villages environnants des lots divers qui seraient mis en jeu, auprès des particuliers et surtout des commerçants locaux. En contrepartie le jour du loto, entre deux quines, l’aboyeur de service leur faisaient de la pub, et, de plus l’APE n’achetait que chez eux. C’était de bonne guerre. Un autre groupe de techniciens s’occupait de monter toute la sono dans toutes les salles du collège. Si on organisait ça un dimanche soir, c’est parce qu’on s’était aperçu qu’il y avait de plus nombreux participants ! La contrainte bien sûr, que le principal avait cadré tout de suite, c’était que le collège devait se trouver en état d’accueillir les cours le lundi matin !!

Pas de problème. Dès le samedi après midi, un corps expéditionnaire nombreux et musclé arrivait pour préparer les salles, aménager les pupitres, etc.. Un véritable raz-de-marée déferlait : on transportait des tables des chaises dans tout l’Etablissement. On trébuchait sur des câbles de sono qui, en cours de fixation, trainaient partout dans les couloirs. Le CDI en réchappait, à cause de la moquette et du matériel, mais on le vidait de ses chaises et de ses tables. Et tout rentrait dans l’ordre avant la reprise des cours le lundi. Après le loto, vers 22h30, des équipes organisées à l’avance travaillaient jusqu’à 2 ou 3 heures du matin pour que tout soit remis en état.

Mais le loto était toujours un succès, le collège était bondé de joueurs, venus de tout le canton et même d’Alès. L’APE avait un sens aigu de l’organisation et de la gestion de ses intérêts ! Afin de ne pas perdre de temps le jour même du loto, ils avaient imaginé de vendre les cartons à l’avance. Pendant les quinze jours qui précédaient le loto, les enfants volontaires étaient chargés de cette vente. Une nuée de gamins proposaient des cartons partout en ville et dans les campagnes ! Cela avait pour avantage d’adord d’alléger considérablement la queue devant la billetterie le jour même du loto, mais surtout d’avoir une pré rentrée d’argent qui permettait d’avancer les sommes nécessaires à l’achat de ces fameux gros lots qui devaient attirer les foules... Téléviseurs, magnétoscopes, bien sûr, mais aussi cochons vivants, moutons, frigidaires, etc.. et il me semble bien qu’une année particulièrement faste, le gros lot fut constitué par une voiture..