Deuxième partie : Les années nanoréseau

Encore un aménagement

(actualisé le )

Le CDI avait été conçu et réalisé en un temps record. En effet, le projet avait été mis en place et les plans présentés aux services académiques en Avril. Une fois acceptés, les services municipaux grand combiens avaient réalisé le travail en trois mois !! Ils avaient tout pris en charge, déménagement des mobiliers et des collections, démolition et reconstruction. C’est dire à quel point la ville fut désireuse d’avoir un CDI dans son collège.. Tout était prêt à la rentrée à la grande stupéfaction de l’Inspecteur d’Académie qui le déclare tout net dans l’interview de lui que j’ai conservée.

Cette fois fois là, il n’y eut rien à acheter dans l’urgence. Le mobilier existait sous la forme de meubles bibliothèque, pas de rayonnages, j’insiste, mais de véritables meubles, anciens, d’une robustesse dont je n’ai pas vu la fin, et en véritable bois d’arbre...! Il y avait même, mirabile visu, le fichier collégial de la même fabrication..

Les services municipaux revinrent donc me réinstaller le mobilier.. Pendant ce temps, j’avais commencé à déménager le fonds documentaire ancien mais important, et je m’y attaquai avec un tel entrain que le jour de l’inauguration officielle, j’avais catalogué, indexé, et mis en rayon plus de mille ouvrages, un mois après la rentrée. C’est en tous cas ce que je déclarai alors à la radio locale en présence de mon principal !!

Heureusement pour moi, les lieux de stockage se tenaient dans des salles situées sur le même étage que le CDI. Patiemment, je transportais cartons de livres après cartons de livres... Patiemment je les triais, rejetant les ouvrages manifestement trop vétustes, puis je procédais à l’inventaire. L’intendance m’avait fourni un magnifique et énorme registre d’inventaire relié tissu noir, dans lequel j’ai tout inscrit et numéroté, imperturbablement. Je me demande toujours si ce magnifique registre, à l’allure antique, ne datait pas de la Compagnie des Mines qui avait laissé dans les caves du collèges de véritables trésors en reliques dans tous les domaines...!! Quoi qu’il en soit, je conservais ce registre jusqu’à mon départ à la retraite, et je conservais aussi, bien qu’informatisé depuis longtemps, l’habitude et la manie de continuer à tout inscrire à la main dans ce registre !! De telle sorte que, dans BCDI, j’avais le numéro de BCDI et MON numéro à moi !! Les deux ! mon Lieutenant !! Cela a servi quelquefois.

Je commençais la numérotation au chiffre 1, et quand je partis, on n’en était pas très loin de 20000, en comptant les livres de série, mais sans compter les revues.. Sic transit.

Au bout de deux mois de déménagements à la force du poignet, je m’étais fait prêter un chariot aux cuisines. Cela me permettait d’amener au CDI de plus grandes quantités de livres d’un seul coup, et de faire beaucoup moins d’aller-retour. Mais, malgré leur gentillesse, les gens des cuisines avaient aussi besoin de leur chariot, et ils remontaient le reprendre régulièrement, en s’excusant, ce qui évidemment était de trop !! C’est pourquoi, un jour, j’eus l’idée d’aller demander (dans le cadre légal de mes six heures extra muros) au patron d’un supermarché local s’il ne pouvait pas me vendre un de ses caddy !!

« Mieux que ça, me dit ce brave homme quand je lui eus expliqué le pourquoi de cette demande saugrenue, je vous en fais cadeau !! A une seule condition : vous en choisissez un dont le monnayeur est cassé !! »

Je ne me le fis pas dire deux fois et, après avoir chaudement remercié le patron de sa générosité, je m’en retournais au collège fier comme Artaban, poussant le caddy devant moi, et l’emportais dans mon antre comme s’il se fut agi d’un trésor, excitant au passage une curiosité dont à vrai dire, je me moquais éperdument.

Vous ne pouvez pas vous imaginer les innombrables et inestimables services que me rendit cet engin !! Les documentalistes passent leur vie à trimballer des livres, le caddy était un cadeau royal... pendant des années on a pu me voir pousser le caddy dans le collège, bourré de livres jusqu’à la gueule, ou bien de téléviseurs, de magnétoscopes, voire d’ordinateurs.. Ce caddy fonctionne toujours parfaitement bien et je sais qu’il est toujours en service.

Je me mis donc au travail, et ce travail de mise en rayon du fonds existant dura pratiquement pendant toute la première année scolaire que je passais à La Grand’Combe.