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Télécharger l'article au format pdf Les adolescents et Internet : en finir avec les idées reçues

jeudi 22 octobre 2015 par Anne Cordier

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation le 22 octobre 2015. L’article est sous licence licence creative commons BY-ND ce qui nous permet de le partager ici.

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Pour en savoir plus sur The Conversation voir la brève dédiée.


Anne Cordier, Université de Rouen

Ils s’appellent Zoé, Mathys, Julie ou encore Loïc. Ce sont des adolescents qui n’ont pas connu “le monde sans internet”. Pour cette raison, On dit souvent d’eux qu’ils sont des « digital natives » dotés de capacités innées, inscrites même dans leur développement biologique . On voit en eux aussi souvent des consommateurs passifs du numérique, aliénés aux logiques économiques déployées sur les réseaux. On va même jusqu’à les considérer comme des « mutants » , étranges êtres d’une sphère lointaine… et pourtant si proche.

Bref, de Zoé, Mathys, Julie et les autres, on dit beaucoup de choses. Mais eux, que disent-ils de leur rapport au numérique, et plus largement à l’information ? Mais eux, que font-ils concrètement avec ces outils d’information et de communication qui sont constitutifs de leur environnement quotidien ? Mais eux, que pensent-ils de cette société de l’information et de la communication dans laquelle ils évoluent ? Mais eux, quels besoins, quelles envies, quelles valeurs expriment-ils, en discours et en actes, à travers leurs pratiques informationnelles et communicationnelles ?

La parole aux adolescents

Pour le savoir, c’est à eux qu’il faut s’adresser, c’est eux qu’il faut observer, c’est avec eux qu’il faut échanger. Plusieurs années d’enquête ont ainsi été consacrées à ces adolescents, compris comme des êtres sociaux, inscrits dans une histoire personnelle, familiale, scolaire, et dans des réseaux de sociabilités. Ces jeunes de 11 à 17 ans ont laissé voir leurs pratiques informationnelles dans des situations de recherche vécues, individuellement ou collectivement. Ils ont donné de leur temps pour faire entendre leurs voix, leurs histoires spécifiques, leurs relations à l’information, au numérique et à ces réseaux techniques et sociaux qu’ils éprouvent chaque jour.
Grandir connectés leur donne la parole, et permet de dépasser ces portraits médiatiques d’"adolescents connectés" effectués à l’emporte-pièce, et biaisés par des regards d’adultes légitimants.




Grandir Connectés, C&F editions
Author provided

Les parcours de chacun de ces adolescents sont faits de rencontres, de points d’achoppement, de moments déclencheurs, de prises de conscience, de retournements de situations… Ils prouvent que les pratiques informationnelles et communicationnelles sont évolutives, profondément dépendantes d’un contexte, à la fois social, culturel et académique. Ils prouvent aussi que ces pratiques sont empreintes d’imaginaires, de l’information, des outils de recherche, des réseaux, et que ces imaginaires doivent être saisis et pris en compte pour un dépassement des visions mythiques du numérique ou des peurs liées à l’activité informationnelle. Ces parcours observés avec un regard scientifique et racontés par les adolescents rencontrés prouvent aussi que ces derniers tentent d’agencer l’environnement informationnel qui est le leur pour trouver une efficacité dans leurs actions, mais aussi tentent de remédier, avec plus ou moins de bonheur, à des lacunes conscientisées.
Car les « digital natives » n’existent pas, et ils souhaitent bien nous le faire savoir. Grandir connectés leur en donne l’occasion. Écoutons-les.

Vérités et Contre-vérités

Écoutons Anastasia, Geoffrey ou encore Marie, nous dire combien ces discours sociaux relayés à grands renforts de formules médiatiques nuisent à la prise en compte de leurs difficultés et de leurs individualités. Il est frappant, à travers les enquêtes menées au plus près d’eux-mêmes, de constater combien ces discours agacent ces jeunes adolescents, qui se sentent bien mal à l’aise avec ce statut – lourd à assumer – de « digital natives ». L’étude de l’expertise, et plus précisément encore du sentiment d’expertise que les adolescents développent personnellement mais aussi attribuent à autrui, est riche d’enseignements.

Une « vie numérique » (Reynald, 17 ans)

Bien sûr, internet occupe une place importante dans l’environnement informationnel et social des adolescents. Mais là encore, laissons Reynald, Soumia ou encore William nous raconter combien le réseau familier et familial s’organise pour entourer les apprentissages non formels de l’adolescent, et permettre une autonomisation graduée des pratiques d’information-communication. Loin des discours regrettant une démission parentale, les propos tenus par les adolescents font état d’expériences partagées, qui comportent des pistes d’actions.

Rechercher l’information

De la même manière, loin des discours prophétisant la fin d’une « ère du savoir » , les observations des pratiques de recherche d’information déployées par les adolescents laissent voir de profonds besoins en matière d’analyse et de traitement de l’information. Les imaginaires de l’information et d’Internet sont très forts, et l’activité informationnelle est parfois particulièrement difficile, voire anxiogène, pour ces jeunes chercheurs d’information.

Un clivage important apparaît entre ceux qui se sentent « au bord de la route » (Armelle, 17 ans), et ceux qui développent un pouvoir d’agir sur et par les réseaux, un clivage qu’il nous faut analyser pour trouver nous-mêmes des clés d’action et d’accompagnement. Les discours et pratiques liés à l’activité informationnelle relevés dans nos travaux nous invitent aussi à considérer autrement ces adolescents, et à saisir leur vision du monde et de la société de l’information, qu’ils entendent bien construire, selon des idéaux déclarés.

Une responsabilité collective

De ces enquêtes, qui ont consisté à observer et interroger des adolescents sur le long terme, ressort plus que jamais une responsabilité collective à laquelle nous n’avons tout simplement pas le droit de nous soustraire. Parents, enseignants, professionnels de l’information, médiateurs au sens large, mais aussi décideurs, nous avons le devoir d’accompagner ces jeunes pour qu’ils deviennent tous des acteurs et des citoyens du numérique.

Anne Cordier

The Conversation

Anne Cordier, Maîtresse de Conférences en Sciences de l’Information et de la Communication, Université-ÉSPÉ , Université de Rouen

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

P.-S.

Pour lire un extrait du l’ouvrage d’Anne Cordier disponible sur le site de C&F Editions c’est là : http://cfeditions.com/grandirConnectes/ressources/cordier-specimen.pdf



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