Troisième partie : les années réseaux

Les avatars du CDI pendant la rénovation du collège. 1 La rénovation ; les déménagements

(actualisé le )

C’est au beau milieu de tout ce travail que nous avons dû subir la rénovation du collège. Je veux dire les travaux de rénovation, car le bâtiment date de 1923, et rien de sérieux n’y avait été réalisé depuis lors. De plus, les locaux avaient été conçus pour servir de Bureaux Centraux à la Compagnie des Mines. Les salles étaient souvent très vastes mais peu nombreuses, l’isolation sous toiture, inexistante. Les vastes combles n’étaient pas aménagés. Chauffer cet énorme volume se révélait d’autant plus ruineux que les tuyauteries du chauffage central étaient d’époque, c’est-à-dire d’une époque où le charbon ne coutait pas cher à la Compagnie qui le produisait. Les huisseries délabrées en faisaient un véritable hôtel des courants d’air. Enfin et surtout, toiture et charpente menaçaient ruine... Quand je vois, à posteriori, le travail que tout cela a nécessité, je me demande s’il n’aurait pas mieux valu construire un collège neuf à côté. Il y avait la place pour le faire, et l’aménagement des locaux y aurait été bien plus facile. Il fallut en effet refaire totalement la bâtisse, y compris le réaménagement des salles, des couloirs, la récupération intégrale des combles. Il fallut démolir quasiment toutes les cloisons et les reconstruire, refaire toutes les canalisations d’eau, de chauffage central, refaire les cuisines, reprendre complètement les câblages électriques et téléphoniques, installer un câblage réseau informatique avec baie de brassage... bref un vrai chambardement.

Cela dura deux années scolaires. On avait partagé le collège en deux zones. La zone travaux, et la zone scolaire où les cours continuaient.... péniblement. Il fallut déménager alternativement de l’une à l’autre zone.

Pour ce qui concerne le CDI, ce fut dantesque [1].

Tout d’abord, aidé par Shéhérazade qui en garde un souvenir épouvanté, je trimballais avec mon caddy des caisses et des cartons remplis de livres et de documents jusqu’à mon CDI temporaire, que je devais occuper une année scolaire entière... Cela nous prit un temps considérable au mois de Juin. Le mobilier fut démonté et remonté par une équipe d’ouvriers... Après quoi il fallut aménager au mieux les deux salles de classes contigües que le CDI occupait. Le problème était le suivant : il me fallait une pièce de stockage et une pièce où je pourrais tout de même accueillir des élèves !! Vu l’exigüité des locaux, la salle de stockage était un vrai capharnaüm, où se trouvaient des cartons empilés jusqu’au plafond. On avait tout de même monté trois rayonnages afin de rendre disponibles les usuels, une partie de la bibliothèque documentaire et quelques revues.

Deux meubles étaient adossés au mur, mais le troisième, par manque de place avait été dressé au milieu de la pièce, comme une quille. Cette disposition hasardeuse me valut la plus belle frayeur de ma carrière.

Un jour que je recevais une dizaine d’élèves de 6°, en train de fouiller les rayons à la recherche de je ne sais plus quels documents, deux d’entre eux se bousculèrent contre ce meuble erratique... Il tomba d’un seul bloc, à plat sur le sol, comme le trébuchet d’un piège à oiseaux. Plein à craquer, il causa un ébranlement tel que je crus que nous allions tous dégringoler à l’étage au dessous ! Et puis, je me précipitais pour m’assurer qu’il n’y avait pas d’enfant dessous... Par miracle, tout mon petit monde était sain et sauf. Je les emmenais tous, blêmes de peur, comme moi, prendre l’air dans la cour, en attendant que le personnel de service, accouru par l’effet du séisme, remette la pièce en état de marche. Le meuble fut relevé assez fendu, mais on le dota de piètements et de renforts solides pour éviter toute récidive...

La deuxième salle avait été nantie de tables et de chaises afin d’accueillir les élèves, et de la bibliothèque de lecture. J’arrivais même à installer mon réseau de PC. Aidé par mes élèves qui me faisaient passer les câbles, les pontets, retrouvaient mon marteau quand je l’avais perdu au milieu de ce bazar, je clouais mes câblages sur les plinthes en bois, et sur les tables même. Quel chantier !! Nous avions l’air de sardines dans une boite d’anchois.

Et n’oubliez pas que, lorsque le nouveau CDI fut terminé, il fallut tout re-trimballer. Le documentaliste basique possède en lui un fonds de déménageur invétéré...

P.-S.

La prochaine fois : Le nouveau CDI

Copyright Alain Gurly (2003)

Notes

[1Traduction libre de l’italien : ce fut l’Enfer.