Troisième partie : les années réseaux

Les riches heures de la RDAO. 3 Un travail au long cours

(actualisé le )

Je ne referais pas ici un bilan pédagogique de la RDAO depuis longtemps publié par les soins du CRDP de Montpellier, et dont j’ai déjà donné les références. Je voudrais simplement décrire l’organisation du travail et raconter quelques anecdotes.

Dans mon collège, j’avais mis sur pied un planning pour chaque classe, dans lequel la progression était -autant que possible- prévue semaine par semaine. Bien sûr, il était rare que ce calendrier précis soit tenu à l’heure près. Mais nous avions, entre 13 et 14 h., une réunion de coordination toutes les quinzaines, et le calendrier était adapté aux divers groupes de classe. Et, dans l’ensemble, le travail ne s’éloignait pas trop du plan prévu.

Dans le détail chaque séance d’une heure se déroulait ainsi : chaque classe était divisée en deux groupes, ce qui donnait deux ensembles d’environ 12 à 15 élèves. Chaque groupe était divisé en sous groupes de 2 à 3 élèves, qui se choisissaient mutuellement dans la plupart des cas. On donnait à chaque petit groupe un thème de travail différent, et chaque groupe avait sa machine. A chaque heure il y avait trois professeurs pour encadrer le travail. Outre le Prof Doc (l’enseignant doc, le doc enseignant, enfin bref, moi-même en personne..) il y avait deux collègues de discipline. Un groupe classe était installé au CDI. Le second partait en salle informatique. Je me déplaçais d’une salle à l’autre, heureusement un seul étage à me taper..! On alternait chaque semaine.

Au CDI avait lieu le travail de recherche documentaire proprement dit, la sélection et le traitement des documents. En salle informatique avait lieu la mise en forme du compte-rendu sous un traitement de texte quelconque. Au début, entre 90 et 93, nous avons utilisé un traitement de texte sur Nanoréseau.

La progression globale se passait ainsi : un démarrage très long genre brain storming, aidé par l’utilisation et l’étude d’une Bibliographie basée sur le CDI local, terminée par un compte rendu sous forme de dossiers ou panneaux d’exposition. Toutes les étapes étaient notées et la RDAO constituait une matière du Bulletin Trimestriel. A la fin de l’année un dossier individuel était constitué établissant les capacités de chaque élève en recherche documentaire, et ce dossier suivait chaque élève en seconde au Lycée. Ce travail, qu’au début les enfants de 3° avait pris pour une espèce de défoulement musette sur clavier d’ordinateur, parut très rapidement et pour cause, très difficile aux élèves.

Quant à nous, il nous fallut résoudre au fur et à mesure, les problèmes d’enseignement et de méthode que ce travail déclenchait. Je rappelle qu’en 1989/94, ce genre de travail était très peu pratiqué, et qu’il fallait quasiment tout inventer. Je n’ai découvert que bien plus tard, avec Internet, les travaux canadiens sur ces questions, en particulier ceux de P. Bernhart.

Au bout de deux ans, nous étions rodés, le travail fonctionnait à la satisfaction générale. Les élèves prenaient un grand intérêt à ce qu’ils faisaient, même s’ils peinaient beaucoup, les collègues y trouvaient aussi, chacun dans leur discipline, matière à progresser... Mais nous savions corrélativement dès cette époque qu’un tel travail, qu’une telle entreprise ne pouvait avoir des résultats durables qu’en se pérennisant..! Nous avons eu alors l’ambition d’étendre la RDAO aux classes de 4°, afin que la 3° soit moins surchargée... Au bout de quatre années, nous avons publié le résultat de cette expérience, au moment même où il devenait de plus en plus difficile pour nous de continuer. Pourquoi ? Parce que les aides provenant du PAE originel s’étaient taries, d’une part, que nous avions étendu l’expérience au niveau 4°, ce qui nécessitait justement des moyens supérieurs, et aussi, parce que le jeu normal des départs et des mutations avait restreint ou changé les équipes....

Mais, entre temps, ayant attisé la curiosité générale, nous avions souvent de la visite pendant ces heures de RDAO : CE ou collègues intéressés. Nous avions aussi une réunion de Bassin par trimestre avec les autres Etablissements.. Une fois même, le CDDP vint nous filmer en pleine action... Je dois avoir quelque part chez moi, une des cassettes VHS réalisées, mais brute et sans montage !!

Finalement, on nous demanda de faire une formation à la RDAO dans le Plan Académique de Formation (dit PAF, et toc !!) qui existait encore dans ces époques reculées..

C’est à ce moment que culmina ma carrière de voyageur de commerce formateur en informatique documentaire et RDAO. Je hantais les routes de l’Académie en compagnie de Jean Claude pour aller prêcher et démontrer dans les Etablissements qui en faisaient la demande, mais aussi au CRDP, au CDDP, à l’IUFM, à la MAFPEN, et même à la demande de certains Inspecteurs, dans le Primaire !!

En effet, je fus recruté un certain temps au CDDP afin de collaborer à la mise en place des BCD dans le Primaire. Dès lors je compris qu’il serait bien utile de former tous les enfants à ces techniques de RDAO, et je m’employais à collaborer avec les Ecoles autant que je le pus, en particulier avec celle de La Grand Combe.

Mais il m’arrivait de ployer sous le travail que je m’étais imposé, et, à mon grand regret, mis à toutes les sauces, je ne pouvais plus tenir partout, malgré les aides, un emploi du temps très strict et une véritable mécanisation de mes tâches de gestion. En 1997/98 se produisirent deux évènements qui allaient me contraindre à lever le pied, et réduire considérablement mon activité sur le terrain. Ce fut d’abord la mise en chantier de la rénovation du collège sur laquelle je reviendrai. Ensuite ce fut pour moi un problème de santé, sur lequel je ne reviendrai pas, mais qui me conduisit à demander une CPA.

Il n’en reste pas moins que l’irruption d’Internet dans l’Enseignement démontra, s’il en était besoin, que nous avions eu raison de commencer très tôt à enseigner la Recherche Documentaire Informatisée...