Troisième partie : les années réseaux

Les riches heures de la RDAO. 1 Les fondements

(actualisé le )

Cette affaire de la RDAO, qui devait avoir des conséquences si durables au niveau de mon activité au collège, et même sur le Bassin, ainsi que des suites sur l’Académie, dut son démarrage à des circonstances assez fortuites. Nous revenions en voiture de Montpellier, Annie, Jean Claude et moi. C’était en Avril ou Mai 1989... Nous venions quasiment de clôturer le projet Doctel, dont j’ai déjà parlé, et de recenser les logiciels de gestion documentaire parmi lesquels nous allions devoir faire un choix. Chemin faisant, la discussion roula longuement sur l’intérêt des thésaurus informatisés, et de leur possible utilité , dans la nécessaire compréhension d’un thème de recherche par des élèves.

De plus, à cette époque, tout le monde était en train de plancher sur des Projets d’Action Educative (PAE) et de déposer Projets sur Projets.

C’est ainsi qu’après en avoir débattu, et une première approche « à bâtons rompus », nous avons eu l’ambition bien arrêtée de mettre tout ça en place sous la forme d’un PAE, et qui plus est, d’un PAE de Bassin, regroupant nos trois Etablissements, à la charnière des classes de 3°/2°. Mais ce ne fut pas du tout facile, et nous ne prévoyions vraiment pas les trésors d’éloquence et de patience que nous allions devoir déployer pour cela. Vous n’avez qu’à voir l’immense et totale compréhension et adhésion que suscite ce travail de nos jours dans les TPE et les IDD, pour vous rendre compte de ce cela pouvait signifier pour administration et collègues en 1989.

D’abord il fallut se mettre d’accord sur un objectif clair à poursuivre : apprendre aux élèves à pratiquer une recherche documentaire formatrice et critique à l’aide de notre logiciel de gestion et du Thésaurus informatisé. Cela du moins fut bien nettement proclamé.

Ensuite, quel serait le public visé. Comme Jean Claude officiait au Lycée d’Alès, et réceptionnait de ce fait en 2° les élèves de 3° d’Annie et les miens, il fut décidé que cela concernerait d’abord les élèves de 3° au collège et les élèves de 2° du Lycée. Vaste programme pour Jean Claude surtout, car il y avait un nombre considérable de classes de 2°. Je ne sais plus exactement, mais je crois qu’il y en avait alors une bonne quinzaine, sinon plus. J’avais quant à moi six classes de 3° et Annie sept...!!

De surcroît il fallait ensuite réunir des équipes pédagogiques transdisciplinaires (car nous avions compris d’entrée de jeu que les documentalistes ne pouvaient en aucun cas pratiquer ce travail tout seuls). Pour ce faire nous allions devoir persuader et convaincre les collègues de l’utilité d’une pareille entreprise.... et c’était tout un programme.

Enfin, il fallait obtenir des moyens matériels sous deux formes : des ordinateurs et un volant d’heures supplémentaires.

C’est à ce dernier point que nous nous attelâmes d’entrée. Aidé par mes deux collègues qui avaient pris en charge chacun une partie du rapport, Jean Claude chargé plus précisément de l’aspect travail en seconde, je finis par rédiger un dossier assez volumineux en un temps raisonnable. Nous avions très lourdement insisté sur les objectifs : savoir faire de la recherche documentaire informatisée, et sur les élèves concernés, à la charnière collège/lycée, au moment où les élèves passent dans le second cycle et où on va leur demander de plus en plus de travail autonome.

Le rapport, à peine ficelé, fut présenté à nos Chefs d’Etablissement respectifs. Je n’ai pas assisté à l’accueil qui lui fut réservé dans les deux autres établissements, mais dans mon collège, le CE et son Adjoint lui furent immédiatement favorables. Et, en tous cas, mes collègues avaient du aussi se montrer persuasifs, car les trois CE s’étant consultés, le rapport fut alors photocopié et envoyé par leurs soins aux autorités académiques sous la forme d’une demande de PAE. L’acceptation du projet n’était pas pour nous une mince affaire car cela conditionnait complètement la faisabilité. Sans ordinateurs et sans heures supplémentaires spécifiques le projet passait directement à la trappe, comme les bonshommes du Pére Ubu. En effet, je l’ai laissé entendre mais je tiens à préciser que les heures hebdomadaires de RDAO étaient conçues de prime abord comme supplémentaires pour les élèves... et les collègues, et financées comme telles. Autrement dit, il y avait une heure supplémentaire prévue dans les emplois du temps des 3°, mais au lycée, vu le nombre de classe de 2°, cela n’était pas possible. On s’était contenté d’insérer la RDAO dans les emplois du temps existants, dans les seules classes où il y avait des profs volontaires. Et il y en avait, en particulier au lycée technique, mais pas seulement. De plus nous avions pensé qu’au collège il fallait prévoir une heure de coordination par quinzaine, afin que les équipes se rencontrent, et une séance de bassin par trimestre, mais cela fut plus difficile à réaliser.

Nous avons attendu le retour administratif avec beaucoup d’anxiété, pensant non sans raison qu’on allait nous prendre pour des farfelus pharaoniques et mégalomanes... Un premier signe positif nous vint de l’Inspection Académique, qui nous encourageait vivement à poursuivre dans cette voie. Et puis arriva la bonne nouvelle : le projet était non seulement accepté mais financé convenablement sur deux années scolaires.

Nous avions gagné la partie administrative. Restait à gagner aussi sur le terrain...