Deuxième partie : Les années nanoréseau

Magnétoscope et vidéo

(actualisé le )

J’ai déjà raconté que j’avais trouvé au collège un projecteur 16mm ancestral, mais je dois dire que je m’en suis très peu servi. D’ailleurs cet engin avait été stocké à la salle municipale des spectacles ! Dès mon arrivée je demandais immédiatement l’achat d’un magnétoscope. Comme l’intendance faisait grise mine, je pensais m’adresser à l’APE !

Je fus donc convoqué un beau soir à une réunion du Bureau, où je mis ainsi les pieds pour la première fois de ma vie. Je fus d’entrée impressionné par le sérieux, la capacité d’écoute et de compréhension que j’y trouvais. J’expliquais de mon mieux les possibilités et l’usage qu’on pouvait retirer de cet ustensile pour le bénéfice des enfants et je décrivis les expériences que nous avions réalisées dans mon précédent établissement. En tous cas je dus être convainquant car le Bureau vota l’achat du magnétoscope sur le champ, et comme j’avais fait remarquer qu’il fallait aussi un téléviseur à grand écran, cela fut aussi accepté. J’étais complètement abasourdi en sortant, car je ne connaissais pas encore bien l’APE à ce moment là, et surtout la redoutable efficacité des membre du Bureau !! En effet, le magnétoscope et la télé arrivèrent dans la quinzaine, à ma grande surprise, et me furent installés par un commerçant local, car l’APE ne dérogea jamais à ces principes.

C’était cette fois un VHS Philips, qui, en ce temps coûtait très cher. Je devais le conserver environ trois ans, avant qu’il ne me fut cambriolé, comme je l’ai déjà dit, seul avatar de ce genre qui arriva jamais au collège pendant les vingt années où j’officiais... Mais l’APE - à mon intense stupéfaction- le remplaça immédiatement, car le Bureau (et le Trésorier), hommes prévoyants et méticuleux, avaient tout assuré !! C’est à partir de ce jour que je vouais une grande admiration pour l’organisation et la méthode des associations grand combiennes ! Ces gens là étaient nés gestionnaires.

A partir du moment où je disposais du magnétoscope, je me mis à enregistrer à tour de bras tout ce qui était documentaire sur les trois chaînes alors disponibles. Je commençais ainsi à constituer une vidéothèque qui allait rapidement devenir importante.

J’avais du résoudre le problème de la programmation des enregistrements. En effet on ne pouvait programmer qu’un seul enregistrement à la fois, ce qui posait le problème des week-ends. Je commençais par demander (et obtenir) d’emmener l’engin chez moi pour le week-end. Pour le trimballer, car il était lourd, les élèves de l’atelier bois, sous la houlette d’Alain, leur professeur, m’avaient fabriqué, sur mesure, une mallette solide et munie d’une énorme poignée. L’ensemble pesait son poids ! Et cela me lassa assez vite. Je demandais donc, et obtins, une clé de l’Etablissement. Je pouvais donc entrer et sortir de la boutique à ma guise pour aller programmer mes enregistrements ou faire ce que je jugeais utile, le soir et les jours où le collège était fermé.

Je fabriquais et tins à jour un registre de mes cassettes VHS, avant et après l’avènement de l’informatique de gestion ! Comme, pour des raisons d’économie je mettais plusieurs émissions sur la même cassette, dont le début était repéré, faute de mieux, au compteur de l’appareil, cela se révéla plus tard un vrai casse tête, lorsque je changeais de magnétoscope. Il me fallut tout reprendre et refaire le compteur au chronomètre !!

Mais tout ce travail payait. Il y avait de plus en plus de collègues intéressés par ces vidéo, qui abandonnèrent rapidement les diapos. Ils se montraient de plus en plus utilisateurs des nombreuses émissions que je leur proposais en conserve, et venaient travailler avec leurs classes au CDI sur ces documents.. Au tout début, il y eut quelques heurts. Le Principal vint un jour expulser un prof de français de la salle de projection en lui expliquant sèchement qu’il n’était pas « payé pour montrer la télé aux élèves ». Mais après quelques soubresauts de ce genre, qui n’allèrent pas plus loin, tout rentra dans l’ordre, le calme... et les mœurs.

Nous reprîmes donc nos travaux qui touchaient toujours à l’art et la manière de savoir bien se documenter, s’informer, de savoir critiquer avec discernement, et de la culture nécessaire pour y parvenir.

Et puis, un beau jour m’advint une des plus belles colères que je piquais dans l’exercice de ce métier ! Et pourtant j’en ai pris pas mal avant de me calmer, avec le temps... Ce fut le jour où j’appris que nous risquions la prison pour utiliser ces cassettes en classe.

Séance tenante, avec mon caddy, je sortis toutes les cassettes du CDI, et les véhiculais dans la cave, en hurlant à tous les échos que je ne voulais pas être plus royaliste que le roi, ni le bouc émissaire de la bêtise de l’EN, et que, si quelqu’un n’étais pas content, il n’avait qu’à s’adresser au ministre, que si on voulait jouer au plus crétin, j’allais montrer de quoi j’étais capable. Bref, j’étais fou furieux de tant de travail perdu.

Cela jeta une certaine perturbation chez les collègues, utilisateurs habituels de ces documents, mais je ne voulus rien entendre.

Et ces cassettes VHS sont restées là bas, dans un cagibi où les femmes de ménage entreposaient leurs produits d’entretien, jusqu’à mon départ. Je n’avais et je n’ai jamais voulu savoir ce qu’on en a fait, si quelqu’un s’en est servi ou pas.. j’avais accompli mon ostracisme légal.

Mais je remâchais ma fureur pendant de nombreuses semaines devant ce gâchis, et je ne recouvrais ma sérénité que lorsque on me débloqua des crédits pour acheter d’autres cassettes, libres de droit, afin de reconstituer la vidéothèque...