Interlude

Comment on devient un soi-disant spécialiste

(actualisé le )

J’avais donc un ordinateur à la maison, mais que faire de cette machine sans aucun programme à l’intérieur ? Heureusement, le MO5 était livré avec un bon livre pour débutant, qui expliquait les rudiments du fonctionnement de la programmation en basic Thomson. Ce bouquin me devint rapidement insuffisant, et je me mis à en acheter beaucoup d’autres plus complets, et à écrire des programmes de plus en plus longs et sophistiqués..

Un de mes jeunes voisins faisait à ce moment là des études d’analyste programmeur et il me passait ses cours de programmation et d’algorithmes. Je me mis à jongler avec des IF qui n’étaient certes pas en bois dur, des OR qui n’étaient pas précieux, des THEN, qui une fois tirés n’étaient pas tous bons à boire, et à me lancer tête baissée dans les boucles conditionnelles..

Une fois suffisamment au courant de cette algorithmique que je pratiquais comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans trop savoir ce que je faisais, je me mis à composer les programmes qui me convenaient, c’est-à-dire essentiellement dans deux objectifs : l’apprentissage de la lecture pour des élèves, et la gestion de mon fonds documentaire !!

Je vous laisse à penser le temps que j’y ai passé.., surtout que c’était de l’amateurisme pur et dur. Mais quand on aime on ne compte pas.. J’ai encore des cahiers d’écoliers entiers pleins de lignes de code. Un jour j’ai écrit un programme destiné à décompter, répertorier et analyser tous les caractères d’une quelconque page de texte, afin de faire calculer par l’ordinateur un indice de difficulté de lecture appelé indice de Flesch... J’y ai passé deux jours et une nuit d’affilée.. C’était de la fureur. J’avais écrit aussi un programme (en basic !!) qui me permettrait un peu plus tard au collège de faire une recherche dans mon fond documentaire. Ce programme tournait sur un MO5, mais comme la mémoire était insuffisante, j’avais fait acheter un lecteur de disquettes Thomson sur lequel je stockais mes données !! Enfin donc j’avais cette fois pris le virus définitivement.

Entre temps, au collège, le collègue prof de Technologie, qui gérait le Nanoréseau, dut malheureusement se mettre en congé de longue durée. Et personne ne se proposa réellement pour le remplacer. L’outil devint alors presque inemployé.. J’ai horreur du gaspillage et la vue de ce matériel inutilisé me contrariait.. Je me proposais donc pour officier. Ce qui fut accepté sans problème.

Or, je ne connaissais rien au Nanoréseau. Je reçus une formation sommaire de la part d’un collègue de ma femme, instituteur formateur dans le Primaire, avec qui j’ai eu l’occasion par la suite de travailler de nombreuses fois, puisqu’il devint directeur du groupe scolaire situé à côté du collège !! On restait tous les deux au collège le soir après les cours. Le Principal m’avait remis un trousseau de clés des lieux, non seulement pour cette raison, mais parce que je venais au collège le week-end et les mercredis(1), pour programmer sur le magnétoscope des enregistrements. A l’époque en effet, il n’y avait pas possibilité de programmer les enregistrements très à l’avance..!!

Il me fallut ensuite aménager les locaux du Nanoréseau. Il y avait des câbles partout ! Les gamins se prenaient les pieds dedans...et arrachaient tout rien qu’en passant.

Je changeais donc la disposition des tables, les rangeant en un fer à cheval ouvert sur le bureau où trônait le serveur PC, avec derrière un tableau noir..

Cette façon de faire avait comme avantage de déposer le câblage à l’intérieur du fer à cheval, de telle sorte que les enfants ne s’y empêtrent plus les pieds, puisqu’ils circulaient et s’asseyaient sur l’extérieur. L’autre avantage résidait dans le fait que je pouvais passer derrière les élèves pour voir ce qu’ils faisaient et m’asseoir à côté pour leur parler. L’inconvénient, c’était évidemment que la plupart des enfants devaient tourner la tête pour voir ce que j’écrivais au tableau !!

Je passais de nombreuses heures à nettoyer les connexions cuivrées avec de l’alcool à brûler, à pulvériser des produits lubrifiants dans les broches, pour garantir en permanence un bon fonctionnement, mais malgré cela, j’étais souvent dérangé au CDI par des appels au secours provenant de collègues qui étaient en rade avec une classe. On prétend que monter et descendre des escaliers est excellent pour le coeur. Si cela est vrai je ne devrais jamais être cardiaque !! J’ai calculé qu’en vingt ans j’ai du gravir dans mon collège deux fois la hauteur de l’Himalaya.

Mais, en fin de compte, tout cela fonctionnait à merveille, et je reviendrai sur l’utilisation que j’en fis. Cela marchait si bien et ce fut tant utilisé (je raconterais comment) qu’un jour, bien plus tard, j’allais récupérer dans les caves d’un autre établissement, qui était passé sous réseau de PC, un deuxième nanoréseau en état de marche !! Ce qui fit que nous eûmes à un moment donné deux Nanoréseau, plus un petit réseau de PC au CDI, et que je m’occupais de tout ça tout seul, jusqu’à la rénovation du collège qui eut lieu en 1995 !! Inutile de vous dire que je ne voyais pas passer le temps, m’occupant en outre de mon CDI, évidemment, et de faire de la formation académique avec la Mafpen...!! Heureusement, on m’avait donné de l’aide, entre temps, j’aurais l’occasion de revenir là dessus.

Quelques années plus tard, après avoir appris beaucoup de choses tout seul, je fus admis à faire un stage prolongé d’informatique dans une annexe du CNUSC (Centre National Universitaire Sud de Calcul) à Montpellier, qui dura six mois. Comme me disait un de mes collègues, et c’est toujours vrai : « Dans l’Education Nationale, quand tu sais enfin te débrouiller pour changer une roue sans cric, on te donnera -peut être- le cric !! »

C’est ainsi que je pris le virage informatique. Plein gaz !!

(1) Ma femme, qui a des capacités de comptable, prétend que l’E.N me doit deux ans de travail, sinon plus !!